06/01/2021 - Le 25/01/2021, procès au Tribunal Grande Instance d'Evry (Essonne) - Mme Tran to Nga contre les fabricants de l'Agent Orange (16 firmes... dont Monsanto, Dow Chemical ...

Détails


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06/01/2021 - Le 25/01/2021, procès au Tribunal Grande Instance d'Evry (Essonne) - Mme Tran to Nga contre les fabricants de l'Agent Orange (16 firmes... dont Monsanto, Dow Chemical ...

Vidéo France/info - (Durée 2'50)

Les plaidoiries du procès contre les fabricants de l'agent orange (comme Monsanto ou Dow Chemical) auront lieu le lundi 25 janvier au Tribunal d'Evry (Essonne).
Soutenons Tran To Nga en nous mobilisant le jour du procès en étant nombreux.se.s à s'y rendre !
Le programme sera prochainement communiqué.
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Tran To Nga est une femme franco-vietnamienne. Journaliste, elle a participé à la guerre du Vietnam et a été victime de l'agent orange.
Elle intente un procès contre les firmes qui ont produit ou commercialisé l'agent orange, un herbicide toxique déversé pendant la guerre du Vietnam et qui continue encore aujourd'hui à faire des victimes : 3 millions de victimes sur 4 générations, souffrant de fausses couches, malformations, cancers...
En plus de ce drame humain, il s'agit du plus grand écocide de l'Histoire : des centaines de milliers d'hectare de forêts au Vietnam, au Laos et au Cambodge ont été détruits.
L'injustice de ce drame est sans équivoque : les vétérans américains victimes de l'agent orange ont été indemnisés à hauteur de 180 millions de dollars : les victimes vietnamiennes ne sont toujours pas reconnues par la justice.

-O-
Extrait de l'article Médiapart du 10/08/2020

Avec près de 80 millions de litres d’herbicides déversés et plus de 2 500 000 hectares contaminés, ces épandages ont détruit 20 % des forêts du Sud du Vietnam et pollué 400 000 hectares de terres agricoles. S’y ajoutent la destruction de plus d’un million d’hectares de forêt tropicale et la disparition d’une faune abondante : des éléphants, des tigres, des rhinocéros (parmi lesquels le rare rhinocéros de Java), des antilopes, des gaurs, des oiseaux, des serpents, des papillons et une multitude d’insectes. La défoliation des grands arbres a bouleversé ces écosystèmes complexes, leur fin entraînant par contrecoup celle du reste de la végétation et la mort ou la fuite des animaux vers le Laos voisin. De nombreuses espèces forestières rares ont également disparu, dont les variétés d’arbres pseudocarpus macrocarpus, sindora siamensis, et hopea odorata. À la place, des bambous et des herbes hautes, surnommées « les herbes américaines » ont envahi les sols appauvris.

Aujourd'hui encore, les effets de l’agent orange se répercutent sur l'environnement et la population vietnamienne dans l’iniquité la plus totale. Les voix des Vietnamien·e·s, muselées par l’absence de moyens juridiques, ne sont en effet entendues. C’est pourquoi, le combat de Tran To Nga, franco-vietnamienne, journaliste pendant la Guerre du Vietnam – et en contact direct avec le défoliant pendant le conflit – est un symbole puissant. Par sa double nationalité et son statut de victime de l’agent orange, Tran To Nga réunit les deux conditions nécessaires pour porter plainte contre les sociétés américaines qui ont livré ces produits phytosanitaires.

La dioxine : puissant poison pour l’être humain

L’agent orange, en plus d’avoir détruit une partie de la jungle vietnamienne, s’est avéré très toxique pour l’être humain. Son dérivé de fabrication, la dioxine, est tératogène – du grec ancien teras, teratos « monstre » – et lipophile : elle s’accumule dans les graisses et engendre de graves malformations chez les nouveau-nés. Cette molécule affecte l’organisme de multiples façons : tant par des affections cutanées, digestives, nerveuses, et cardiovasculaires, que par des cancers ou du diabète. Les experts de l’OMS (1) ont établi une dose mensuelle tolérable provisoire (DMTP) de 70 picogrammes/kg par mois. Au Vietnam, plus de 300 kg ont été déversés. Jusqu’à 4,8 millions de personnes ont été directement exposées au défoliant et plus de 3 millions en subissent encore les conséquences, selon l’Association vietnamienne des victimes de l'agent orange/dioxine (VAVA). Des centaines de milliers d’enfants, des 3e et 4e générations d’après-guerre, vivent avec ces malformations (absence de membre, cécité, surdité, tumeur externe…), sans parler des fausses couches, des mort-nés et des naissances prématurées qui s’accentuent dans les régions les plus touchées. Des lignées familiales continuent donc de s’éteindre au fur et à mesure que la dioxine s’accumule dans les organismes.

Pourtant, les fabricants de l’agent orange (principalement Bayer-Monsanto et Dow Chemical) connaissaient la dangerosité de leur produit sur la santé humaine. C’est en voulant produire plus, plus vite et à moindre coût, qu’ils ont rendu l’agent orange vingt fois plus toxique (2).

Une injustice passée sous silence

Depuis 45 ans, ni le gouvernement américain, ni les fabricants de l’agent orange n’ont accepté de reconnaître leur responsabilité vis-à-vis des victimes vietnamiennes. Alors que le gouvernement américain a indemnisé ses vétérans en s’appuyant sur une liste de maladies que les scientifiques estiment liées à l'exposition à l’agent orange, aucune reconnaissance d’ordre juridique n’a abouti pour les Vietnamien·ne·s. En février 2009, la Cour suprême des États-Unis a débouté les victimes vietnamiennes de leur plainte contre les 37 entreprises ayant fabriqué le défoliant sous la pression du département de la justice américaine, intervenu alors avec un amicus curiae (une lettre à la cour) (3). En 1984, les anciens combattants américains, qui souffraient pourtant des mêmes maux, ont reçu une indemnité de 180 millions de dollars. Depuis ce jour, Bayer-Monsanto n’a cessé d’acheter le silence des victimes. En juin 2020, l’entreprise a annoncé le versement de 10 milliards de dollars aux 100 000 victimes américaines du glyphosate – produit phytosanitaire le plus vendu dans le monde – pour mettre fin aux milliers de plaintes que reçoit la firme. 10 milliards de dollars, soit « ⅙ de leur chiffre d’affaire », d’après la journaliste d’investigation Marie-Monique Robin. Une somme conséquente, donc, précieuse pour les nombreux plaignants, mais qui annihile toute poursuite future de la firme.

Un exemple de rapport de domination

Acheter le silence des victimes vietnamiennes ne s’est pas avéré nécessaire. Au Vietnam, le drame de l’agent orange reste un sujet très sensible en raison des relations diplomatiques et économiques avec les États-Unis. L’embargo économique américain ne s’est levé qu’en février 1994, suivi par un essor des échanges économiques entre les deux pays. Cette même année, 173 millions de dollars de marchandises sont exportées vers le Vietnam. Depuis, les États-Unis sont classés au 7e rang des investisseurs du pays. Ce mutisme est donc sans conteste lié à l'impérialisme économique et culturel américain, toujours à l’œuvre aujourd’hui. À l’heure où les questions de racisme environnemental sont de plus en plus soulevées : l’injustice subie par le peuple vietnamien n’a jamais paru aussi insupportable.

C’est donc loin des yeux du monde que le plus grand écocide de l’histoire – et ses conséquences toujours tangibles sur les populations et la biodiversité – s’évapore de la mémoire à mesure que les années passent. Si la guerre d’Indochine et celle contre les États-Unis sont pourtant étudiées, très peu de manuels y décrivent les enjeux sanitaires et écologiques actuels. Résultat : aujourd’hui, la majorité des Français·e·s (y compris d’origine vietnamienne) ignorent que plus de trois millions de Vietnamien·ne·s souffrent toujours des conséquences de la Guerre du Vietnam. L’agent orange est une véritable « bombe à retardement », comme le souligne le titre du documentaire « Agent orange, une bombe à retardement », réalisé par Thuy Tien Ho.

Lutter contre l’amnésie collective 

Or, les besoins sont nombreux : création de centres spécialisés, réinsertion professionnelle adaptée, aide à domicile pour les familles (à charge parfois de plusieurs enfants handicapés), aides financières... Tout cela est nécessaire pour alléger le quotidien des communautés touchées. 

Une prise de conscience globale doit supplanter le cynisme et le déni institutionnel et organisé des entreprises agrochimiques vis-à-vis des effets de la dioxine sur la santé humaine. Au Vietnam et dans le monde, nos efforts doivent se poursuivre pour raviver la mémoire collective, développer les savoirs scientifiques et obtenir enfin une reconnaissance juridique. Il est aussi primordial de pouvoir construire des ponts entre les différentes luttes environnementales, sociales et antiracistes, qu’elles soient locales ou globales. Il faut remettre en cause le mode d’habiter dominant pour construire une société plus juste, sociale et solidaire, afin que ces atrocités ne se reproduisent plus.

Nous appelons à soutenir le procès de Tran To Nga et le combat de l’ensemble des victimes vietnamiennes.

 
   
© DCM